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Par Jean Daniel dans le Nouvel Observateur du 08 03 2011 

Mes lecteurs verront demain, jour de la publication de l'édito, quel est mon point de vue sur la responsabilité de Nicolas Sarkozy dans la montée irrésistible de Marine Le Pen dans les sondages depuis quelques mois. Que cela se termine bien ou mal, ne perdons pas de temps à le prévoir. Il suffit de constater qu'aujourd'hui, dans un moment précis, plus d'un quart des Français sont attirés par les thèses du Front national quand elles sont défendues par la fille de Jean-Marie Le Pen. La façon dont le chef de l'Etat n'a cessé de jouer avec le feu après avoir fait les discours les plus contradictoires et pris les mesures les plus désordonnées, c'est-à-dire les plus incohérentes, cette façon frôle le crime politique. C'est ce qu'on appelle, à la lettre, de l'irresponsabilité.

 

Cela dit, faut-il comme certains amis succombent à la tentation de le faire s'en prendre aussi à ceux qui ont refusé de laisser l'insécurité aux sécuritaires, la nation aux nationalistes, la religion aux fanatiques ? Faut-il tenir pour innocents ceux qui se sont crus obligés par tradition compassionnelle d'avoir de l'indulgence pour le différentialisme, d'accepter le communautarisme et de victimiser les musulmans après d'ailleurs l'avoir fait souvent pour les juifs ? N'était-ce pas passer à côté de la sensibilité populaire profonde et de la sociologie authentique des confrontations inconscientes issues des bouleversements de population ? N'était-ce pas avoir du mépris pour tout ce que les maires de gauche vivent, pensent et gèrent dans des villes où la juxtaposition triomphe du métissage ? N'était-ce pas là surtout ignorer les musulmans de France qui sont en train d'aspirer à une réforme de l'Islam qui les met en concordance admirable avec les jeunes rebelles d'Egypte et de Tunisie ? Ces musulmans de France, de Tunis et du Caire ne veulent pas de référence constitutionnelle à la charia. Ils veulent d'ailleurs séparer la religion et la politique, laisser Dieu à la mosquée et le citoyen à l'école. Mais qui s'intéresse à ce que pensent les musulmans, leurs élites, leur jeunesse la plus avancée ? Sait-on que les traditionalistes musulmans de France comme les islamistes se méfient comme la peste des révolutions égyptienne et tunisienne. ? La gauche n'a pas compris les Français, elle n'a pas compris les musulmans de France. Le professeur Mohamed Arkoun avant de mourir nous a dit tout cela.

J.D

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