par Youcef Zirem dans TSA.

L’œuvre de Mohamed Arkoun, qui nous a quittés il y a quelques mois, reste à découvrir. Parmi ses textes les plus importants, il est judicieux de parcourir « Humanisme et Islam, combats et propositions », paru aux éditions Vrin.  Dans cet essai impressionnant, l’intellectuel algérien se fait pragmatique et va à l’essentiel. En ces temps de troubles et de violences, il est nécessaire d’écouter une voix de la sagesse ; une voix que nul pouvoir n’a réussi à corrompre.

Historiquement, la préoccupation humaniste a mobilisé des penseurs féconds et originaux en terre d’Islam entre l’an 800 et 1100 environ, nous rappelle Mohamed Arkoun. La génération de Miskawayh et Tawhîdî (950-1020) a été particulièrement active, efficace dans l'animation d'un humanisme combinant avec succès les belles lettres, l'histoire, la géographie humaine, la philosophie et une culture religieuse ouverte. L’auteur  s’interroge sur les raisons qui ont amené les luttes anticoloniales dites de libération à générer très vite, après quelques années d'euphorie nationale, de durables désenchantements, de durs échecs sociaux et économiques, des régressions culturelles et intellectuelles et même de tragiques guerres civiles  au nom d'un Islam livré à toutes les formes de l'exégèse sauvage.
Face à ces terribles paradoxes de l’Histoire, le penseur algérien veut croire à un humanisme qui assume les héritages positifs des différentes cultures et qui s’oppose aux injustices. « Il importe d’expliquer historiquement pourquoi l’attitude humaniste a disparu dès le XIIIe siècle en Islam et plus récemment en Europe, et d’examiner les conséquences de cette disparition dans la pratique politique et la vie des sociétés, notamment depuis 1945. Il faut comprendre la corrélation historique entre la montée des idéologies radicales de combat et la généralisation de la pensée jetable dans toutes les sociétés contemporaines », estime Mohamed Arkoun.
Universitaire de renom et de référence, l'enfant des At Yenni est l’auteur d’investigations intellectuelles majeures. « Tous les Arabes se plaignent de ne pas avoir d’intellectuels, il faut se donner le temps de savoir qu’il y en a et qu’il faut les lire. C’est une situation grave. Je suis un chercheur engagé, je parle au monde arabe, comment vais-je l’atteindre ? », s’exclamait Mohamed Arkoun. « Pourquoi les intellectuels arabes sont-ils isolés ? Pourquoi vivent-ils à l’extérieur ? », se demandait, avec lucidité et amertume, ce penseur hors du commun. C’est peut-être des textes comme ceux de Mohamed Arkoun qu’il faut revisiter, en urgence, en ces moments douloureux où dans nos sociétés les repères semblent subitement inexistants. Dans les moments difficiles, la société a toujours besoin de la voix de ceux qui la connaissent vraiment, de ceux qui peuvent la guider vers de meilleurs rivages.    
* « Humanisme et Islam, combats et propositions », de Mohamed Arkoun. Editions Vrin.
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