Conférence-débat de Fodil BOUMALA sur le penseur Arkoun / Un penseur méconnu dans son pays.
À l'initiative de l'association culturelle Tussna une conférence en hommage à Mohammed Arkoun : penseur critique entre l’Islam et l’occident, est donnée par Fodil Boumala le 08 novembre 2010 à 14 heures au petit théâtre de la maison de la culture Mouloud Mammeri à Tizi-Ouzou. Il a fait une surprise à la nombreuse assistance de faire intervenir la fille du défunt, Sylvie par téléphone de Paris.


09 November, 2010 02:58:00 Le Citoyen  Article de MA Tadjer. 

 “ Mohamed Arkoum : penseur critique entre Islam et Occident” tel est le thème de la conférence-débat animée par Fodil BOUMALA , à la Maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou.  Durant trois bonnes heures, il a su capter l’attention du public en alliant adresse et admiration . Ce qui lui a prévalu appréciation et respect du public venu non seulement l’écouter car connu à Tizi-Ouzou, mais aussi découvrir cet homme , ce penseur méconnu dans son propre pays , qu’est Mohamed Arkoum. Parlant de crise qui s’abat sur l’Algérie , le conférencier précise qu’elle touche tous les domaines , notamment la culture et le culte.

“ Ainsi, il est plus facile de se libérer du joug colonial mais difficile d’être libre. Cette liberté ne peut se faire par la violence car la riposte ne sera que plus violente” . Pour Arkoum, “ L’Islam est une grandeur et il y a des avancées” . Mohamed Arkoum aurait pu être anthropologue mais il ne le fut pas. Il a préféré : brasser, fouiller de fond en comble la Méthodologie “ en faisant appel à l’équation rationnelle . Il lui consacre toute son énergie , sa vie d’intellectuel. Pour lui, la transgression permet de comprendre les textes et tout dogme fermé conduit à la violence “. Le conférencier se réfère à la période dramatique que l’Algérie vit depuis 1991 à cause de l’ Islamisme aveugle , encouragé par un clan du pouvoir au détriment de l’ouverture sur l’univers . A ce sujet, il dira : “ Newton, avant qu’il ne soit l’homme que nous connaissons tous, a été religieux. Et Mohamed Arkoun fait appel à toutes les Sciences pour pouvoir approcher les textes et les hommes . Il ne le fait pas aveuglément . Il le fait avec méfiance !”. C’est là que réside le secret de tout le travail entrepris par l’auteur de plusieurs ouvrages.  La thèse du développement ne se situe pas , finalement, dans les richesses naturelles si des mesures planifiées à long terme , sur plusieurs dizaines d’années , voire plus , ne sont pas strictement étudiées et suivies avec méthode et rationnellement. L’exemple typique cité par le conférencier est le développement fulgurant du Japon. Aujourd’hui, c’est la Chine qui pointe le nez. Pour tous ces pays développés, le développement est une chose , la religion en est une autre . Une autre comparaison : le Yémen qui n’a pas connu de colonisations mais qui reste toujours sous-développé. Le poids des dogmes est tellement lourd qu’ils influent sur les consciences. “ Dans notre pays, on mélange tout, on interdit tout ce qui pourrait être le déclic salvateur à une poussée vers le développement! L’Islam ne doit pas être touché même au détriment du développement ! “ . C’est le cas de l’ensemble des pays musulmans car c’est sacré. En forgeant  durant toute sa vie, durant ses recherches, de nouveaux concepts, Mohamed Arkoun s’est confronté à de multiples résistances : politiques, régimes autoritaires  notamment dans les pays musulmans, ce qui conduit le conférencier à dire : “ Les croyances tuent la foi . La religiosité tue l’Islam . C’est cette problématique que nous rencontrons dans notre pays aussi !”. Cette nouvelle conception des choses d’ un Islam moderne,  de la foi, de la religion ...que Mohamed Arkoun a voulu concrétiser. Arkoun a tenté de les dévoiler mais il a été mal compris. Il est mort frustré! Le conférencier s’est montré outré qu’au moment où un Salon international du livre se tient en Algérie, aucune conférence n’a été programmée en hommage à Mohamed Arkoun. “ Le Ministère de la Culture en aura-t- il la conscience tranquille? et d’ajouter : “ Et tout régime ne peut être changé de l’intérieur , car , une fois dedans  on est vite englouti  Le conférencier donne un exemple à titre de rappel : les propriétés de l’homme primitif” . Il exclut tout péjoratif du terme . Elles étaient de trois ordres : sécurité alimentaire, vestimentaire et physique . Ces besoins sont toujours les mêmes en 2010 après toute l’avancée de la Science et de la Technologie . Et Mohamed Arkoun ; fort de cette nouvelle approche , de ce nouveau concept est considéré dans le sillage des grands penseurs !” Abordant le volet linguistique, le conférencier ose , tacle l’assistance: “ L’ère de l’écriture efface les civilisations “ et va plus loin en hasardant avec courage  : “ Notre culture berbère est détruite par les berbères eux-mêmes ! “ tout en déclinant ses origines berbères . “ Les acteurs locaux, les intellectuels,  ont choisi les langues des conquérants pour s’exprimer “. Ils le faisaient aussi pour expliquer à ces mêmes conquérants qu’ils ne sont pas des leurs ! Alors , le poème , l’expression orale constituent le socle de notre culture.  La relation entre Mohamed Arkoun et Mouloud Mammeri ( Mohamed aussi) est mise en relief sur plusieurs thèmes et sujets . Le conférencier fait un bref tour sur les dogmes qui persistent encore dans les pays musulmans : le salafisme qu’il dit “ inexistant en Algérie”, le Sunnite , le Wahabisme etc  Les débats ont été passionnants . Le conférencier le reconnaît . Toutes les questions ont trouvé leurs réponses et le public est convaincu de la qualité de la conférence mais aussi de l’homme à qui l’hommage a été rendu. A la question du pourquoi Mohamed Arkoun est enterré au Maroc et non dans son pays l’ Algérie, le conférencier fit une halte , laisse échapper un long soupir et lance : “ Mohamed Arkoun est interdit en Algérie . Il était enterré en Algérie de son vivant ! “.
   Bio express : Mohamed Arkoun est né en 1928 à Taourirt Mimoun ( Commune de Béni Yanni) . Il est mort le 14 /09/2010 à Paris et enterré au Maroc. Il est intellectuel algérien, philosophe et historien de l’Islam contemporain . Professeur émérite d’histoire de la pensée islamique à la Sorbonne et enseigne : l’islamologie appliquée . Il se situe dans la branche critique du réformisme musulman, en prônant le modernisme et l’humanisme islamique . Il plaide pour un Islam repensé dans le monde contemporain. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages en français, en anglais et en arabe, de sociologie religieuse consacrée à l’Islam , traduits en plusieurs langues.
 Principaux ouvrages : L’ Islam , religion et société ( 1982)- L’Islam hier , demain .( 1982)- L’humanisme arabe au X ème siècle (1982)-  Lectures du Coran ( 1982)  - Pour une critique de la raison islamique ( 1984)- L’Islam , morale et politique ( 1986) - Ouverture sur l’Islam ( 1992) - De Manhattan à Baghdad. Au-delà du bien et du mal ( 2003) - Humanisme et Islam : Combats et propositions ( 2005). La pensée arabe ( 2008) - 
 Ouvrages collectifs : La liberté religieuse dans le Judaïsme , le Christianisme et l’Islam ( 1981)- Christianisme, Judaïsme et Islam ( 1999)- Histoire de l’Islam et des musulmans en France du Moyen âge à nos jours ( 2006)  entre autres .                                                          
  M A Tadjer

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